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Qui est l’honorable pharmacien Etienne Flaubert Batangu Mpesa ?

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Né au Manianga, territoire de Luozi, Etienne Flaubert Batangu fait ses études primaires à Kingoyi dans le secteur de Mongo-Luala et secondaires à l’Ecole de Pasteurs et d’Instituteurs (Epi) de Kimpese dans le Kongo-Central. Inscrit à la faculté de médecine et pharmacie de l’Université Lovanium à Kinshasa en 1966, il va décrocher son diplôme de pharmacien en 1971.

Il va travailler à l’Institut d’enseignement médical (Iem) où il va dispenser le cours de pharmacie galénique appelé ailleurs « fabrication de médicaments » aux futurs assistants en pharmacie. Il deviendra, par la suite, directeur de l’Ecole d’assistants en pharmacie à l’Iem.

En 1975, on lui propose une bourse d’études de l’Université de Montpellier en France pour une spécialisation en industrie pharmaceutique mais le jeune Batangu décline l’offre au motif que, dans sa vision, il avait plus besoin de maîtriser l’analyse des médicaments.

Il se trouve que depuis 1973, le gouvernement de la République du Zaïre et l’Organisation mondiale de la santé (Oms) avaient projeté la création d’un laboratoire national de contrôle des médicaments. Le projet avait été élaboré par l’Oms et il avait attiré de façon particulière l’attention du jeune pharmacien.

Raison pour laquelle en 1976, il obtiendra de l’Oms une bourse d’études au Canada à l’Université de Montréal pour l’analyse et l’industrie. Le jeune Batangu saisit la balle au bond et se rend à Montréal où il va entamer les études qui lui permettront de décrocher son diplôme de maîtrise en sciences pharmaceutiques option analyse et industrie.

Or, dans ses recherches, pendant qu’il est encore aux études à l’Université de Montréal, le pharmacien Batangu Mpesa tombe sur une étude menée en Rdc dans le territoire de Luozi sur les plantes médicinales locales par un médecin canadien, le Dr Arkinstall, et un anthropologue américain, Janzen. Il va alors décider en 1979, de se lancer dans la recherche et l’élaboration des médicaments à base des plantes médicinales de Luozi. Dans l’entretemps, il poursuit sa formation jusqu’à ce qu’il est proclamé maître en sciences pharmaceutiques.

Le 16 février 1980, le jeune Batangu est invité à l’Université de Sherbrooke pour donner une conférence sur l’apport de la médecine moderne à la pharmacie traditionnelle. Le modérateur de l’événement sera le Dr Mbikay Majambu Paul Honoré, un pharmacien, promotionnaire de Batangu Mpesa, qui avait terminé ses études à l’Université Lovanium en 1971. Il venait de faire son doctorat aux Etats-Unis et travaillait au Canada.

A son retour au pays en 1980, il reprend ses enseignements à l’Iem et monte à Luozi, un centre de recherche et de production de médicaments dénommé « Centre de recherche pharmaceutique de Luozi » en sigle « Crpl » qui traîne aujourd’hui une expérience de 40 ans dans la recherche et l’élaboration des médicaments.

Dans l’entretemps, à la 3ème direction du Ministère de la Santé publique en charge du contrôle des médicaments, les choses ne vont pas comme dans le meilleur des mondes. Raison pour laquelle on fera appel à Etienne Flaubert Batangu Mpesa, compte tenu de son cursus universitaire, au poste de Chef de la division « Contrôle des médicaments ». D’autant que le projet du Laboratoire nationale de contrôle des médicaments pour lequel il avait été envoyé aux études à l’Université de Montréal ne verra jamais le jour, du moins jusqu’à présent.

C’était pour le jeune pharmacien l’occasion tout trouvée de faire valoir la science et ses capacités managériales, couronnées par une intégrité morale à toute épreuve. Il s’ensuit que Batangu Mpesa ne tardera pas à passer au grade de Directeur-chef de service de la Direction de la Pharmacie et du Médicaments (Dpm) en 1985.

Dévoué et plein d’initiatives, le promoteur du crpl  va laisser à la Dpm des traces indélébiles. La publication professionnelle dénommée « Le Cahier du Pharmacien », par exemple, est l’une de ses créations. C’est aussi lui qui a déterminé les modalités d’enregistrement des dossiers de demande d’Autorisation de mise sur le marché (Amm) de nouveaux médicaments et conçu le formulaire ad hoc.  

Comme par hasard, le premier dossier enregistré à la Dpm fut celui du Crpl avec le Manadiar auquel l’Amm avait été accordé en 1984. Ce formulaire a été publié dans le Cahier du Pharmacien n°1, de mars 1986.                                                                    

A la découverte de la quercétine

A partir de l’année 1981, le Chercheur congolais et son équipe du Crpl commencent à travailler sur les plantes connues depuis des temps immémoriaux comme ayant des vertus thérapeutiques contre la diarrhée, la dysenterie, les amibiases, les hémorroïdes  etc… Flaubert Batangu Mpesa lance alors le bulletin de liaison dénommé « Bilongo » où sont publiés les résultats des recherches du Centre de recherche pharmaceutique de Luozi jusqu’à ce jour.

Il se trouve que certaines plantes manipulées au quotidien contiennent de la quercétine, cette fameuse substance que les scientifiques qualifient aujourd’hui d’oxydant le plus actif contre le Covid -19 parmi tous les flavonoïdes.

 Ces recherches ont abouti à la mise au point du Manadiar qui, dans sa formulation, contient de la quercétine. C’est le premier médicament produit localement par un pharmacien congolais à avoir obtenu une autorisation de mise sur le marché en Rdc. Jusqu’à ce jour, le Manadiar est très prisé sur le marché tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Rdc.

Pour un traitement efficace contre le paludisme

 Après avoir lancé le Manadiar, le chercheur Batangu et son équipe se sont appliqués à la recherche de solutions idoines contre les autres pathologies qui minent la société et, sur la liste des pathologies les plus dangereuses, figure le paludisme.

C’est ainsi qu’à partir de l’année 1987, maître Batangu Mpesa travaille à la mise au point d’un médicament contre le paludisme qui va porter le nom du Manalaria. Ce produit arrive à point nommé car, en 1999, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) retire la chloroquine du marché pour des raisons bien connues, ce qui permet au Manalaria de s’imposer sur le marché suite à son efficacité et à son atoxicité. Curieusement, ce produit contient aussi de la quercétine. Depuis lors, ce médicament fait la pluie et le beau temps sur le marché, d’autant qu’il est bien toléré aussi bien chez les femmes enceintes que chez les nourrissons.

Tout se passe comme si la quercétine était l’un des secrets qui font la force et le succès des médicaments produits par le Centre de recherche pharmaceutique de Luozi.

A l’assaut de Covid-19

Lorsque la pathologie à coronavirus s’est manifestée en Chine et qu’au début de cette année, elle a commencé à se répandre comme une traînée de poudre à travers le monde, le pharmacien analyste et d’industrie Batangu Mpesa, en sa qualité de fabricant patenté de médicaments, a entrepris de compulser la littérature scientifique à l’effet d’identifier le Covid-19, connaître son mode opératoire dans le corps humain et découvrir les éléments pouvant constituer une thérapeutique efficace contre ce fléau.

Au mois de mars dernier, le chercheur Batangu tombe sur les résultats des recherches menées par le professeur Michel Chrétien et son équipe du Centre de recherches cliniques de Montréal (Crcm) dans laquelle évolue son ami, le Dr Mbikay. Selon cette étude, la quercétine est l’antioxydant le plus actif contre le coronavirus de tous les flavonoïdes. Cette information attise la curiosité du chercheur au motif qu’à ses yeux, la quercétine n’est pas un mystère. Il l’a découverte dans la pharmacopée sénégalaise et travaille avec cette substance depuis 1981. Il en connaît les vertus thérapeutiques et l’atoxicité depuis une quarantaine d’années…

FIAT SECUNDUM ARTEM (Faites selon votre art)

A partir de ce moment, il ne restait plus qu’à trouver la formulation du médicament dans le strict respect des règles de l’art pharmaceutique ou pharmacotechnique, connaissant le ou les principes actifs entrant dans la composition. Or, c’est justement à cela que le pharmacien analyste et d’industrie a été préparé depuis l’université et, en l’espèce, Batangu Mpesa est détenteur d’une maîtrise en la matière de l’Université de Montréal.

Il s’est alors mis au travail avec ses équipes du Kongo-Central et de Kinshasa et, en un temps record, il a trouvé trois remèdes : le Manacovid, le Zunuviro et le Vondacovid. Si les deux premiers sont déjà disponibles, le troisième est encore en réserve. Voilà la véritable riposte au Covid-19 d’un professionnel dans la fabrication des médicaments.

Avant tout cela, le pharmacien Batangu avait donné le protocole de la fumigation (Kioko) sur les plans quantitatif et qualitatif en vue d’une standardisation.

C’est autant dire qu’en affichant à la Une « Dans une semaine, la Rdc peut produire des quantités de quercétine, » le 31 mars 2020, votre journal n’avait pas menti. En effet, le 8 avril, le médicament était déjà prêt et le jour suivant, la boîte, l’étiquette et la notice étaient disponibles. Le défi est relevé.

Depuis lors, le Pca du Crpl a distribué plus de 500 flacons de son médicament mais il n’a enregistré aucune plainte.  Au contraire, chaque jour qui passe est riche en témoignages des « miracles » opérés par Manacovid, même parmi les patients internés dans les quarantaines. Mais Flaubert Batangu Mpesa se refuse jusqu’à ce jour à vendre même un flacon, quelles que soient les conditions sociales du patient. Cela s’inscrit dans le cadre de sa contribution à la riposte au Covid-19.

Des questions sans réponses

Mais pendant combien de temps cette situation va-t-elle encore durer ? Quand est-ce que les pouvoirs publics prendront leurs responsabilités ? Quel est ce patriote, détenteur d’un médicament efficace contre Covid-19, qui resterait indifférent pendant qu’un voisin ou un proche est en train de mourir à ses côtés ? Est-il difficile de comprendre que les moyens du Crpl sont limités d’autant qu’il n’a jamais reçu aucun soutien de quelque nature que ce soit de l’Etat congolais depuis sa création ? L’urgence de l’heure n’impose-t-elle pas des mesures d’urgence pour soutenir les bonnes volontés avérées ? Autant de questions et tant d’autres qui méritent des réponses idoines de la part des décideurs de la Rdc.

Distinctions honorifiques

Il est vrai que le Crpl n’a jamais reçu d’aide de l’Etat congolais mais il est aussi vrai que le chercheur Batangu Mpesa reste une figure emblématique dans le monde de la recherche scientifique au Congo.

En 1985, le 24 novembre, le pharmacien Batangu s’est vu décerner le 1er Grand Prix de la deuxième République, de meilleur chercheur en médecine traditionnelle, par le maréchal Mobutu Sese Seko, pour le médicament Manadiar.

En février 2016, l’honorable Batangu Mpesa montera encore une fois sur le podium avec le Grand Prix du Chef l’Etat, le président Joseph Kabila, du secteur pharmaceutique.

Ecrivain et éditeur, Batangu Mpesa traîne à son actif plusieurs ouvrages, publications et films documentaires. Il a aussi publié plusieurs articles scientifiques dans les revues Bilongo et le Cahiers du Pharmacien.

Homme politique aux nombreuses réalisations sur terrain, figure de proue du Kongo central, ancien Commissaire du peuple, ancien Conseiller de la République membre du Haut Conseil de la République Parlement de Transition (Hcr/Pt), Président honoraire du Groupe parlementaire Kongo (Gpk), l’honorable Batangu Mpesa a été pendant 23 ans membre du Conseil d’administration de l’Université Kongo avant de devenir le Président du pourvoir organisateur et Grand chancelier de ce prestigieux Alma mater.

Chercheur vertébré et aujourd’hui inventeur du Manacovid après le Manadiar et le Manalaria, maître Batangu Mpesa est toujours prêt à servir son pays, la Rd Congo. « Je fais les médicaments pour moi-même tout d’abord, et pour les miens. Je ne peux pas me tuer moi-même », ne cesse-t-il de clamer à l’instar de Samuel Hahnemann médecin allemand (1755-1843).

Sous d’autres cieux, les savants de sa catégorie font l’objet de beaucoup d’attention de la part des pouvoirs publics.

Edouard Balenda

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